Huiles saintes du baptême : chrême et catéchumènes

JM
Par JB
Fondateur de BaptiDay, spécialiste de l'organisation de baptêmes · Mis à jour le 22 mai 2026
Illustration : déroulement de la cérémonie — guide BaptiDay
Le baptême catholique utilise deux huiles saintes distinctes : l’huile des catéchumènes (huile d’olive bénite, sans parfum) appliquée avant le baptême sur la poitrine, et le saint-chrême (huile parfumée au baume) appliqué après le baptême sur le front. Ces deux huiles sont consacrées chaque année par l’évêque lors de la messe chrismale du Jeudi saint. Cette page explore leur composition, leur symbolique biblique, leur usage rituel et les différences avec le baptême orthodoxe.

1. Deux huiles distinctes dans le baptême catholique

Le baptême catholique utilise deux huiles saintes différentes, à deux moments distincts de la cérémonie : l’huile des catéchumènes avant le baptême, et le saint-chrême après le baptême. Ces deux huiles sont consacrées une fois par an par l’évêque lors de la messe chrismale, généralement célébrée le Jeudi saint.

Ces onctions, hérités directement des pratiques de l’Église ancienne, sont riches de symbolique : elles renvoient aux rois et aux prêtres de l’Ancien Testament qui étaient « oints » lors de leur consécration, et au Christ lui-même, l’Oint par excellence (en hébreu Mashiach, en grec Christos).

2. L’huile des catéchumènes

C’est une huile d’olive simple, bénite par l’évêque, sans parfum particulier. Elle est utilisée avant le rite essentiel du baptême, lors de l’étape de la profession de foi.

Le prêtre dit : « Que la force du Christ Sauveur te fortifie, et soit le signe de cette force, l’onction de cette huile : qu’il te garde de l’emprise du mal. »

L’onction se fait traditionnellement sur la poitrine du baptisé (geste discret pour les nourrissons, plus marqué pour les adultes). Elle symbolise la fortification spirituelle du catéchumène face au combat de la foi.

Dans le rituel actuel (en France), cette onction est parfois omise pour les nourrissons et reportée pour les baptêmes adultes (où elle se fait pendant le catéchuménat, plusieurs semaines avant le baptême).

3. Le saint-chrême : huile sacrée par excellence

Le saint-chrême (du grec chrisma, « huile parfumée ») est l’huile la plus sacrée de l’Église catholique. Il est composé de :

  • Huile d’olive (le corps de l’huile)
  • Baume parfumé (essences naturelles : myrrhe, encens, parfois rose, baume du Pérou)

Sa consécration (et non simple bénédiction) est réservée à l’évêque, lors de la messe chrismale du Jeudi saint. L’évêque souffle sur l’huile pour invoquer l’Esprit Saint, puis prononce la prière consécratoire.

Le saint-chrême est utilisé dans trois sacrements :

  • Le baptême (onction post-baptismale sur le front)
  • La confirmation (onction sur le front, geste central du sacrement)
  • L’ordination des prêtres et évêques (onction des mains et de la tête)

4. L’onction du saint-chrême pendant le baptême

Juste après le rite essentiel (versement de l’eau), le prêtre trace une croix avec le saint-chrême sur le front du baptisé en disant :

« Le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, vous a libéré du péché et vous a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint ; il vous a incorporé à son peuple : il vous marque maintenant de l’huile du salut, afin que vous demeuriez les membres du Christ Prêtre, Prophète et Roi, pour la vie éternelle. »

Ce geste signifie que le baptisé est désormais « christifié » : configuré au Christ, le véritable Oint. Il participe à sa triple mission : sacerdotale (prier et offrir sa vie), prophétique (annoncer la Parole) et royale (servir).

Le parfum caractéristique du saint-chrême se répand dans l’église pendant la cérémonie : une expérience sensorielle qui marque les familles pour longtemps.

5. La messe chrismale : où sont consacrées les huiles

Chaque année, le Jeudi saint matin (parfois la veille pour des raisons pratiques), l’évêque diocésain célèbre la messe chrismale dans sa cathédrale. C’est l’une des célébrations les plus importantes de l’année liturgique.

Y sont consacrées les trois huiles saintes :

  • L’huile des catéchumènes (avant le baptême)
  • L’huile des malades (sacrement des malades, autrefois extrême-onction)
  • Le saint-chrême (baptême, confirmation, ordination)

Les prêtres et diacres du diocèse viennent les chercher et les ramènent dans leurs paroisses. Elles serviront pendant toute l’année jusqu’à la prochaine messe chrismale. Les huiles de l’année précédente sont rituellement brûlées.

C’est aussi pendant la messe chrismale que les prêtres du diocèse renouvellent les promesses de leur ordination. C’est un grand rassemblement diocésain.

6. Les huiles dans le baptême orthodoxe

Les Églises orthodoxes utilisent les huiles encore plus abondamment qu’en Occident. Trois moments :

  • Onction prébaptismale. Avant l’immersion, le prêtre oint plusieurs parties du corps du catéchumène avec l’huile de l’allégresse (huile d’olive bénite mélangée à l’eau des fonts) : front, épaules, oreilles, mains, pieds.
  • Huile mélangée à l’eau du bain. Le prêtre verse de l’huile dans la cuve baptismale avant l’immersion. Symbole de la douceur de Dieu qui pénètre la vie du baptisé.
  • Chrismation post-baptismale. C’est le sommet : avec le saint myron(équivalent du saint-chrême), le prêtre oint huit endroits du corps en disant à chaque fois « Sceau du don du Saint-Esprit ». C’est la confirmation orthodoxe, donnée immédiatement après le baptême.

Détails complets sur notre page baptême orthodoxe.

7. Symbolique et histoire de l’onction

L’onction d’huile est l’un des gestes rituels les plus anciens de l’humanité. Dans l’Ancien Testament, étaient oints :

  • Les rois (David par Samuel, 1 Samuel 16,13)
  • Les prêtres (Aaron et ses fils, Exode 29,7)
  • Les prophètes (Élisée par Élie, 1 Rois 19,16)

Jésus est désigné par les premiers chrétiens comme le Christ, c’est-à-dire « l’Oint » (Pierre dans Actes 10,38 : « Dieu a oint d’Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth »). Tout baptisé, par l’onction du saint-chrême, est associé à cette triple dignité royale, sacerdotale et prophétique du Christ.

Dans l’Antiquité païenne, l’huile parfumée était utilisée pour les athlètes avant les combats (force) et pour les funérailles (préparation au passage). Ces deux dimensions sont reprises symboliquement dans l’onction baptismale : force spirituelle et passage à la vie nouvelle.

Questions fréquentes

Deux huiles distinctes : l'huile des catéchumènes (huile d'olive bénite par l'évêque, sans parfum) utilisée avant le baptême sur la poitrine du baptisé pour le « fortifier » spirituellement, et le saint-chrême (huile d'olive consacrée et parfumée au baume) utilisé après le baptême sur le front pour symboliser la consécration au Christ.

La messe chrismale est célébrée par l'évêque dans sa cathédrale le Jeudi saint (parfois la veille). Il y consacre les trois huiles saintes pour tout le diocèse : huile des catéchumènes, huile des malades, saint-chrême. Les prêtres et diacres viennent les chercher et les rapportent dans leurs paroisses pour l'année.

Huile d'olive (corps de l'huile) et baume parfumé (essences naturelles : myrrhe, encens, parfois rose, balsame du Pérou). La proportion est fixée par chaque diocèse. Le baume donne au saint-chrême son parfum caractéristique très reconnaissable, qui se diffuse dans l'église pendant les baptêmes.

Dans le baptême catholique, le saint-chrême est appliqué sur le sommet de la tête ou sur le front, lieu de la pensée et de l'identité. Ce geste fait écho aux rois et aux prêtres d'Israël qui étaient « oints » sur la tête lors de leur consécration. Le mot « Christ » signifie d'ailleurs « oint » en grec. Être oint, c'est être incorporé au Christ.

Non. Les protestants n'utilisent généralement pas d'huile pendant le baptême (sola Scriptura : ils privilégient la Parole). Les orthodoxes utilisent abondamment l'huile : huile mélangée à l'eau du bain, puis chrismation post-baptismale en huit endroits du corps (front, yeux, narines, bouche, oreilles, poitrine, mains, pieds).

Quelques heures. L'huile sèche sur la peau et le parfum du baume se dissipe en 24 à 48 heures. Beaucoup de familles laissent l'onction sans la laver le soir même, par respect pour le sacrement reçu. C'est un usage de piété sans obligation.

Dans l'« ambry », petit meuble ou niche fermée à clé, située dans le chœur ou dans la sacristie. Les trois huiles (catéchumènes, malades, chrême) y sont rangées dans trois petites burettes en métal précieux ou en cristal, étiquetées. Elles sont renouvelées chaque année après la messe chrismale.